Le cas du général (le premier couplet est de La Fontaine)

Un pauvre bucheron tout couvert de ramée
Sous le poids du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée
Enfin n’en pouvant plus d’effort et de douleur
Il met bas son fagot et songe à son malheur
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde
En est-il un plus pauvre en la machine ronde
Point de pain quelquefois et jamais de repos
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts
Le créancier et la corvée lui font d’un malheureux la peinture achevée

Il appelle la Mort elle vient sans tarder, lui demande ce qu’il faut faire
C’est dit-il afin de m’aider à recharger ce bois,  tu ne tarderas guère

Le trépas vient tout guérir, mais ne bougeons d’où nous sommes
Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes

Un pauvre vagabond tout couvert de haillons
Souffrait de ses deux pieds aussi bien que des dents
Boîtant et maugréant buvait pour oublier et tâchait de gagner son abri de carton
Enfin n’en pouvant plus d’effort et de douleur
Il pose son litron et songe à son malheur

Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde
En est-il un plus pauvre en la machine ronde
Point de vin quelquefois et jamais de boulot
Sa femme, ses enfants, tous lui tournent le dos
Les flics et les passants lui font d’un malheureux La peinture achevée 
 
Il appelle la Mort elle vient sans tarder, lui demande ce qu’il faut faire
C’est dit-il afin de m’aider à soigner mes chicots, tu ne tarderas guère

Le trépas vient tout guérir, mais ne bougeons d’où nous sommes
Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes                                                            


Un pauvre général tout couvert de médailles, 
Sous le poids du remords et de milliers de morts
Ecrivait ses mémoires pour conjurer le sort, 
Tâchait sur le papier d’aligner trois idées
Enfin n’en pouvant plus d’effort et de douleur
Il pose son stylo et songe à son malheur
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde
En est-il un plus pauvre en la machine ronde
Point d’fois gras quelquefois, deux trois noëls au front
Responsabilité, prise de décision
Et bombardements incessants lui font d’un malheureux la peinture achevée 

Il appelle la Mort elle vient sans tarder, lui demande ce qu’il faut faire
C’est dit-il afin de m’aider comme dans l’autre couplet, tu ne tarderas guère

Le trépas vient tout guérir, mais dans ton cas je te somme
D’ mourir au lieu de souffrir, c’est ma devise mon bonhomme